Dans cet entretien, Camille nous parle du métier d’orthophoniste, depuis ses études jusqu’à sa pratique actuelle en libérale. Elle partage son parcours, ses motivations, sa passion du métier, mais aussi ses inquiétudes pour l’avenir des soignants, des orthophonistes, et les ressources qui l’aident à tenir.
Qu’est-ce qui vous a conduit vers la profession d’orthophoniste ?
Camille : Après le bac, j’ai fait une école d’IDE (Infirmier Diplômé d’État). Ça n’a pas été facile de passer d’un environnement scolaire assez protégé, à la réalité du monde hospitalier. Rapidement, il faut faire face à de nombreuses responsabilités. Les infirmières dont la charge de travail est déjà bien lourde, n’ont pas toujours le temps qu’elles aimeraient pour nous encadrer.
Ce qui m’a toujours intéressée, c’est le relationnel, mais en tant qu’infirmière, le temps me manquait… J’avais l’impression de courir en permanence.
Un jour, en soins intensifs pédiatriques, j’ai vu une orthophoniste qui restait plus longtemps que moi dans la chambre d’un enfant. Elle prenait le temps, et moi je n’en avais pas. Ça m’a fait envie. J’étais en deuxième année d’IDE lorsque j’ai commencé à envisager de faire le métier d’orthophoniste.
Je m’étais tournée naturellement vers celui d’IDE, car ma mère l’était et plusieurs de mes amies s’y destinaient. Il est aussi peut-être plus facile de s’en faire une représentation que pour d’autres professions paramédicales, moins connues. Je m’intéressais beaucoup à la communication et au langage, car c’est le cœur des relations. Et j’avais envie d’apprendre et de poursuivre mes études, pour continuer à me former.
Quel a été votre parcours vers le métier d’orthophoniste ?
Camille : Après avoir obtenu mon diplôme d’IDE, j’ai fait un an de prépa avant de passer le concours d’orthophoniste. Aujourd’hui, la sélection se fait post-bac, avec des places assez limitées. Il y a une 1e sélection sur dossier via Parcoursup. S’il on est admissible, l’admission se fait ensuite par un oral.
Pendant l’école, j’ai fait de nombreux stages d’observation. Je trouve que la relation entre orthophoniste/patient ne facilite pas toujours l’intégration du stagiaire dans un rôle actif. Ma dernière année d’étude a coïncidé avec le confinement, donc j’ai effectué moins d’heures de stages que prévu. Finalement, j’ai obtenu mon diplôme d’orthophoniste à l’automne 2020.
Je travaille en libéral depuis mars 2021, en collaboration avec une collègue. Nous partageons le même bureau. Je me rends aussi à domicile pour certaines consultations chez des patients âgés. J’aime pouvoir gérer mon rythme, m’écouter, même si le travail ne manque pas : il y a des listes d’attente.
J’ai environ quarante rendez-vous par semaine. Les séances durent de 30 à 45 minutes.
La formation initiale nous permet de travailler dans tous les nombreux domaines de l’orthophonie. Mais comme beaucoup d’orthophonistes, j’ai ensuite été contente de faire des formations complémentaires sur le langage écrit et la cognition mathématique, pour enrichir mes connaissances et me sentir plus à l’aise dans certaines rééducations.
Qu’aimez-vous dans votre travail d’orthophoniste au quotidien ?
Camille : J’apprécie le temps que les séances laissent à la relation avec le patient (même si elles passent souvent trop vite !!). Il me parait important de donner au patient la possibilité de verbaliser ses émotions en début de séance, pour qu’il puisse ensuite être disponible au travail que nous allons faire. J’aime la variété du travail possible en orthophonie et le fait de pouvoir choisir les domaines qui m’intéressent et dans lesquels je me sens plus à l’aise.
Avec les personnes âgées atteintes de troubles neurocognitifs, il n’y a pas une recherche de résultat immédiat : cela oblige à être davantage dans la relation. On ne fait pas de miracles, mais on stimule et on entretient les facultés cognitives. C’est un travail de répétition, de lien, de patience.
Quels conseils donneriez-vous à un jeune entrant dans le métier orthophoniste ?
Camille : Une formatrice nous avait dit : « L’essentiel, c’est le relationnel avant la technique ». Ça m’a marquée. Quand on débute, on peut être obnubilé par le souci de bien faire, d’être compétent. La technique s’apprend, mais l’écueil serait d’oublier la personne soignée.
Avec une plus grande expérience, je trouve que l’autre risque, c’est la routine. On peut s’endormir sur ses acquis et être moins présent au patient, que l’on voit chaque semaine (parfois pendant plusieurs années). Un RDV pendant lequel je me suis sentie vraiment présente à la personne m’apporte de la joie. Chaque jour, je veux choisir le relationnel. Accueillir le patient dans son entièreté pour lui accorder cette pleine présence.
Qu’est-ce qui vous inquiète pour les soignants de demain, notamment dans le champ de l’orthophonie ?
Comment traversez-vous les moments difficiles du métier d’orthophoniste ?
Camille : C’est un métier qui me demande chaque jour de sortir de moi pour aller à la rencontre de l’autre. Il m’a fallu aussi acquérir (et ce n’est pas fini !) à la fois un savoir-faire et un savoir-être auprès des patients, ainsi que des compétences administratives relatives à l’exercice libéral.
Et puis il y aussi les échecs parfois, par rapport aux objectifs que l’on s’était fixé avec le patient. J’ai déjà arrêté des rééducations, faute de motivation du patient et de sa famille.
Je suis assez seule dans mon exercice libéral, donc les échanges avec d’autres orthophonistes et les formations régulières sont précieuses pour prendre du recul par rapport à mes rééducations. C’est un métier où l’on se remet sans cesse en question, par rapport à la pertinence des outils rééducatifs utilisés. Mais c’est cela qui permet de progresser et qui évite de s’enfermer dans ses habitudes et certitudes.
Ce qui m’aide à refaire le plein, sont toutes les ressources que j’ai en dehors de mon activité professionnelle, notamment les amitiés et le chant. Il y a un équilibre à trouver et à questionner régulièrement, surtout lorsque l’on est à son compte.
Finalement, le métier d’orthophoniste est un métier de relation que je trouve passionnant. Une profession où l’on travaille les mots, mais aussi le respect, la confiance, la présence. Un métier où l’on ne produit pas seulement des résultats, mais où on fait des rencontres.
Études d’orthophoniste : comment ça se passe ?
L’accès au métier d’orthophoniste en France est très sélectif et s’effectue via la plateforme Parcoursup.
Sélection post-bac : Le recrutement se fait sur dossier pour toutes les formations, avec un oral d’admission en plus dans de nombreux départements universitaires d’orthophonie (DUO). La sélection est très exigeante, et le nombre de places limité par un numerus clausus.
Contenu de la formation : Le cursus est organisé en deux cycles (3 ans de licence et 2 ans de master) et totalise 300 ECTS. Il alterne entre des enseignements théoriques et pratiques. La validation du diplôme nécessite la validation de tous les enseignements et stages, l’obtention d’un Certificat de Compétences Cliniques et la soutenance d’un mémoire de fin d’études.
Les stages : Les stages sont une composante essentielle et très professionnalisante. Ils représentent plus de 2000 heures sur les 5 ans. Ils peuvent être éprouvants mais ils sont cruciaux pour découvrir la grande variété du métier (troubles du langage oral/écrit, déglutition, audition, pathologies neurologiques, etc.) et développer les compétences professionnelles. La 5ème année est particulièrement rythmée par les stages.
FAQ – Vos questions sur le métier d’orthophoniste
Le métier d’orthophoniste est-il difficile à exercer ?
Il est exigeant. Il demande une grande disponibilité émotionnelle et cognitive, une rigueur clinique et une capacité à se remettre en question. Cependant, il offre une vraie liberté clinique dans le choix des méthodes et la gestion du temps, surtout en libéral.
Peut-on choisir ses spécialisations ?
Orthophonie : quels sont les débouchés ?
Quel est le salaire moyen d’un(e) orthophoniste ?
Il est très variable. En libéral, les revenus dépendent du volume d’activité et des charges (généralement plus élevés, mais avec une grande disparité). En salarié (fonction publique hospitalière ou territoriale), il dépend de la grille indiciaire, se situant autour de 2 000 € à 2 500 € nets en début de carrière et évoluant avec l’ancienneté.
Doit-on aimer travailler avec les enfants ?
Quelles sont les qualités essentielles pour ce métier ?
Si vous exercez un métier de soin et que vous vivez une période difficile, des ressources existent.
Il est possible de parler, d’être accompagné, et de prendre soin de soi sans attendre l’épuisement.
