Stage infirmier ou aide-soignant : comment faire face à  son premier décès ?

Vous venez d’assister au décès d’un patient pour la première fois ? Ou vous savez que cela peut bientôt arriver et vous voulez vous y préparer ?

Que vous soyez « en stage infirmier, aide-soignant ou en médecine », ce premier face-à-face avec la mort peut être marquant, surtout si vous êtes stagiaire. Le silence dans la chambre. Le corps froid qui ne réagit plus…   

Vivre un premier décès en stage : ce que l’on peut ressentir

Vous entrez dans une chambre, peut-être d’un patient que vous connaissez pour l’avoir soigné depuis le début de votre stage… et quelque chose est différent. Le silence. Le corps. L’absence de réponse.

Que vous soyez en stage en tant que futur infirmier, aide-soignant ou médecin, il est possible que le premier décès d’un de vos patients ne ressemble à rien de ce que vous avez appris en cours ou vécu personnellement en famille. Vous pouvez être surpris par la brutalité du moment — ou au contraire, par votre absence de réaction immédiate.

Quelle qu’elle soit, ne vous jugez pas. Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réaction émotionnelle face à la mort. Chaque soignant – et donc chaque stagiaire soignant – a sa façon de réagir qui est avant tout à accueillir.

Vous pouvez ressentir :

  • Un choc immédiat face au corps (la couleur de la peau, l’immobilité, la peau froide).
  • Une forme de sidération : vous restez là, sans savoir quoi faire, comme « bloqué » …
  • Un sentiment d’être seul.
  • Des images qui s’impriment et reviennent ensuite.

De plus, cette première confrontation avec le décès d’un patient peut se dérouler dans des conditions très différentes :

  • E
    Vous vous occupiez de ce patient depuis le début de votre stage.
  • E
    Vous découvrez un patient décédé lors d’un tour de garde en pleine nuit.
  • E
    Vous assistez à une tentative de réanimation sans savoir où vous placer.
  • E
    Vous entendez des râles, sans comprendre immédiatement que le patient agonise...
  • E
    Vous assistez aux derniers moments de la personne en lui tenant la main.
  • E
    On vous propose — ou vous demande — de participer à une toilette mortuaire.

Dans ces moments-là, une question revient très souvent chez les stagiaires soignants : que faire quand un patient décède… surtout quand c’est la première fois.  Quelle est ma place en tant que stagiaire (et donc futur soignant !) ?

Comment réagir quand un patient décède ?

Vous n’avez pas à “bien réagir” ou gérer la situation “comme un pro” immédiatement. Vous n’êtes pas attendu sur une performance, mais c’est surtout votre présence qui est demandée.

Il se peut que vous ayez à accompagner les derniers instants d’un patient. L’essentiel est la qualité de votre présence à ses côtés en favorisant un climat calme et paisible.

Rester là, observer, écouter ce que fait l’équipe, suivre les indications données… c’est déjà une manière juste d’être dans la situation. Même si vous vous sentez déstabilisé, voire figé, cela ne signifie pas que vous êtes à côté de ce qui se passe. Vous êtes simplement en train de vivre un moment fort, surtout si c’est la première fois.

Progressivement, vous allez voir l’équipe s’organiser. Certains gestes vont être réalisés. On vous demandera peut-être d’aider à préparer du matériel ou à réaliser certaines tâches. Si vous ne savez pas faire, il est essentiel de le dire. En stage, personne n’attend de vous que vous sachiez déjà faire face à cette situation difficile. Ce qui compte, c’est votre capacité à rester disponible et à apprendre, même dans ces moments-là.

Si vous êtes stagiaire, de façon très discrète, vous avez un rôle à jouer. Être là, attentif, prêt à soutenir si besoin, fait déjà partie du soin. Et c’est souvent dans ces moments-là que vous commencez à comprendre, au-delà des gestes, ce que signifie réellement accompagner jusqu’au bout.

Participer à une toilette mortuaire en tant qu’étudiant infirmier ou aide-soignant

Un jour, on va vous proposer de participer à la toilette mortuaire d’un patient.
Vous entrez dans la chambre. Le corps de la personne décédée est là. Ce n’est plus le même que lorsque vous en avez pris soin la veille. Plus froid. Plus lourd. Inerte.

Pour beaucoup, la toilette mortuaire en stage infirmier ou aide-soignant marque profondément. Pas seulement à cause des gestes, mais par ce qui peut être ressenti. Vivre ce moment est une expérience qui peut troubler et cela est normal surtout quand il s’agit d’un patient que vous côtoyez depuis plusieurs semaines et peut-être auquel vous vous êtes attaché.

« Je n’ai pas oublié le premier patient que j’ai retrouvé mort lors du tour de médicaments du matin, avec ma collègue. Cela m’a marqué et heureusement, ma collègue a su avoir les mots pour m’expliquer ce que nous allions devoir faire maintenant. Cela m’a beaucoup aidé ». Frédéric, infirmier.

Quand vous touchez le corps de la personne décédée, la sensation peut être surprenante : la froideur de la peau, la rigidité qui commence, le poids du corps. Vous pouvez être concentré… ou mal à l’aise, être hésitant ou vous demander si vous faites comme il faut.

Concrètement, lors d’une toilette mortuaire, et en tant qu’étudiant infirmier ou aide-soignant, on pourra vous demander de participer à certains gestes comme :

• Laver le corps du patient décédé avec douceur.
• Retirer les dispositifs médicaux.
• Repositionner le corps du défunt (fermer les yeux, la bouche, placer les mains).
• Habiller ou recouvrir le patient.
• Préparer le corps avant le départ.

En tant que stagiaire, vous ne serez jamais seul. Vous allez observer, puis faire à votre manière. Peu à peu, ce moment va prendre du sens. Car ce n’est pas seulement un geste technique mais surtout un geste de présence, un soin qui révèle tout le respect que l’on a pour la personne décédée, même jusque dans sa mort.

Ce respect peut se manifester dans la manière de toucher son corps et de le mobiliser durant la toilette, de le parfumer, le coiffer, le maquiller, les vêtements choisis, l’objet cher à la famille à entreposer, mais aussi, dans l’arrangement de la chambre avant l’arrivée de la famille. Cela peut être aussi dans la manière de veiller à ce que les pompes funèbres continuent à prendre soin de la dignité de la personne lorsqu’elle quitte l’établissement.

« Je me souviens de la première toilette mortuaire que j’ai réalisée lorsque j’étais stagiaire en première année d’étude d’infirmières. Ce qui m’a frappé, c’est la délicatesse avec laquelle ma collègue a mis du rouge à lèvre à la patiente décédée qui était très coquette, ainsi que nouée un foulard dans ses cheveux. Ma collègue a allumé une petite lampe sur la table de nuit et mis une rose dans les mains inertes de la patiente. J’en ai été bouleversé. » Mathilde, infirmière.

Dans certains EHPAD, les soignants font une « haie d’honneur » au résident décédé lors de son départ.
Autant de gestes qui manifestent toute la dignité qu’a la personne humaine jusqu’à la fin de sa vie et même dans la mort.

Être auprès de la famille après un décès : quelle place en tant qu’étudiant soignant ?

Après le décès, il n’y a pas que le patient. Il y a aussi les proches à accompagner. Il peut être bon de se former pour apprendre à écouter une famille endeuillée.
Vous pouvez vous retrouver auprès d’une famille qui arrive, qui pleure, qui ne comprend pas encore. Ou au contraire, face à un silence lourd, presque irréel. Dans ces moments-là, beaucoup de stagiaires se sentent démunis. Où se mettre ? Que dire ? Faut-il parler… ou se taire ?

Dans l’accompagnement des familles après un décès à l’hôpital, on n’attend pas de vous, en tant qu’étudiant, de trouver les bons mots. Vous n’êtes pas là pour expliquer, ni pour annoncer.

Vous pouvez rester silencieux aux côtés du soignant. Votre simple présence compte. Un regard, une posture, une attention suffisent.

Vous pouvez être amené à accueillir, à orienter, à rester simplement présent pendant que l’équipe prend le relais. Et c’est souvent là que vous expérimentez votre impuissance, celle que sans doute vous ressentirez d’autres fois durant votre carrière : face à la mort d’une personne, le plus grand besoin n’est pas celui des mots, mais celui d’une présence simple et empathique.

Le rôle de l’étudiant infirmier face au décès passe aussi par cette capacité à être là sans s’imposer. Il peut arriver que vous soyez touché, déstabilisé par la douleur des proches. Cela arrive souvent. Cela fait partie de l’expérience. L’important est de rester à sa place : humain, présent, attentif.

5 conseils pour vous préparer à la mort en stage infirmier sans se blinder

Vous pensez peut-être qu’il faut “se blinder”. En réalité, il s’agit plutôt d’apprendre à rester présent… sans se fermer.

1. Accepter de n’être jamais totalement prêt

Même avec des cours, des stages, de l’expérience, le premier vécu du décès d’un patient reste un choc.
Se préparer, ce n’est pas éviter l’émotion. C’est accepter qu’elle sera là.

2. Se former

Se former sur la fin de vie, les signes d’agonie, les soins après décès… permet de ne pas être complètement démuni.
Cela donne des repères, même dans un moment difficile.

3. Chercher à ne pas se “blinder” à tout prix

Vouloir ne rien ressentir peut sembler protecteur. C’est un mécanisme de protection comme sont aussi la fuite, l’agressivité ou la pétrification. Mais à long terme ces mécanismes du psychisme plus ou moins conscients, ne sont pas aidants. Ressentir, ce n’est pas être faible. C’est être humain.

4. Interroger son propre rapport à la mort

Qu’est-ce que cela évoque ? Qu’est-ce qui met mal à l’aise ? Quelle résonance avec sa propre histoire ?

Prendre un moment pour y réfléchir aide à ne pas être totalement pris de court le jour où cela arrive.

5. En parler avant d’y être confronté

Échanger avec d’autres étudiants, avec un tuteur, entendre des témoignages… cela permet de mettre des mots sur son vécu et ses appréhensions.

Comment prendre soin de soi après un décès lors d’un stage de soignant ?

Une fois le moment passé, quelque chose peut rester. Une image, une sensation, un silence qui revient. Après le premier vécu du décès d’un patient en stage infirmier, beaucoup d’étudiants continuent, sans en parler, comme si c’était “normal”. Mais il peut être bon de prendre le temps de s’y arrêter un peu.

« Même avec le temps, des décès de patients et des images restent. Il ne s’agit pas de faire disparaitre ou d’oublier ces flashs mais d’en parler pour qu’ils soient des souvenirs « compris » sans non-dits ». Véronique, infirmière.

Mettre des mots, même simplement, peut déjà alléger. Dire à quelqu’un “ça m’a marqué” suffit parfois à ne pas rester seul avec ce qui a été vécu. La mort d’un patient laisse souvent une trace — et c’est normal.
Si certaines images reviennent, si le malaise persiste, en parler sans l’ignorer, être accompagné si besoin…, permet de prendre du recul et de tenir plus longtemps dans le métier de soignant.
Prendre soin de soi après un décès, ce n’est pas une faiblesse. C’est ce qui permet de continuer sans s’abîmer.

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