Comment faire face à un patient qui exprime le souhait de mourir quand on est soignant ? 

cas de conscience
Un patient a peut-être récemment exprimé le désir de mourir. Et même si vous êtes un professionnel de la santé (infirmière, aide-soignante, médecin…) vous pouvez être profondément désemparé par cette demande.

Comment comprendre la détresse existentielle d’un patient ? Comment l’aider et l’accompagner ?  De quelle façon prendre soin de son propre état émotionnel dans ces moments-là ? Cet article propose quelques pistes de réflexion et suggestions pratiques, fruits de l’expérience de soignants sur le terrain.

Pourquoi un patient dit qu’il souhaite mourir

Comment comprendre une personne qui dit qu’elle préfèrerait mourir

« Je veux que ça s’arrête »
« Je veux partir »,
« Je veux mourir, que ça se termine »

Comprendre les motifs derrière la demande d’un patient de vouloir en finir est essentiel pour y répondre de manière adéquate.

Ces raisons peuvent être extrêmement variées. Certains ne supportent plus la perte de contrôle de leur vie due à une dépendance accrue. D’autres ont peur d’être un poids trop lourd pour leur famille, leurs proches. D’autres encore, sont remplis d’un sentiment de colère souvent nécessaire pour franchir une nouvelle étape de vie d’autant plus si elle est marquée par une maladie grave et incurable.

Par ailleurs, ce souhait de mourir, quelle qu’en soit la cause, est souvent exacerbé par la douleur physique parfois aigue qui nécessitera d’être verbalisée, écoutée et soulagée.

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Avant tout, il est crucial de reconnaître que derrière cette demande, il y a une profonde souffrance, non seulement physique mais aussi psychologique. Une souffrance qu’il faut d’abord écouter et accueillir, sans tout de suite chercher à y apporter une réponse. La personne qui dit qu’elle veut mourir a besoin d’être profondément écoutée et entendue.

Cinq clés pour gérer ses émotions et réactions face à un patient qui veut mourir

Dans ces situations où un patient exprime le souhait de mourir, il sera important de prendre soin de soi autant que de prendre soin du patient.

« Quand Monsieur M. m’a dit qu’il voulait mourir après que je me sois occupé de lui pendant des semaines, j’ai retenu mes larmes. J’ai filé dans l’escalier et j’ai pleuré à grosses larmes jusqu’à ce que ça aille mieux… puis j’ai pris sur moi. »

Une infirmière en hôpital.

Cette expérience souligne combien il est difficile de rester détaché face aux souffrances des patients. On ne peut pas rester insensible face à ces demandes. Même un professionnel expérimenté peut ressentir de la tristesse et de la colère.
gérer ses émotions et réactions face à un patient qui veut mourir
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1. Nommer ses émotions

Mettre des mots sur ce qui nous habite quand on fait face à ce type de situation. Quel type d’émotions ressentons-nous exactement ? De la tristesse, de la peur, de la colère peut-être ?… Lorsque l’on identifie et exprime clairement ce que l’on ressent, cela engage des parties spécifiques du cerveau qui sont responsables de la régulation émotionnelle. Nommer ses émotions aide à diminuer leur intensité et à clarifier son état d’esprit. Reconnaître et accueillir ses sentiments est un pas important pour gérer sa propre réaction face à la détresse du patient.

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2. Partager ses sentiments avec un collègue de confiance

Exprimer ses émotions n’est pas forcément évident dans le cadre professionnel car la pudeur semble de mise. Cependant, affronter ses émotions dans la solitude peut être difficile. En parler avec un collègue en qui on a confiance apportera un soutien précieux. Choisir quelqu’un qui comprend les défis de la profession et avec qui l’on se sent à l’aise pour partager ses inquiétudes et ses doutes. Ces échanges peuvent non seulement soulager mais également offrir de nouvelles perspectives ou des stratégies pour gérer des situations similaires à l’avenir.

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3. Tenir un journal de ses expériences et émotions

Écrire ses pensées et ses sentiments peut être une méthode thérapeutique pour gérer le stress et l’anxiété, surtout après des interactions particulièrement difficiles. Cela peut aider à nommer ses émotions, mettre à distance les événements de la journée et favoriser une réflexion personnelle.
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4. Participer à des formations sur le stress et la résilience

Veiller à renforcer sa capacité à gérer le stress et à développer sa résilience. Rechercher des formations professionnelles qui se concentrent sur ces compétences. Ces programmes enseigneront des techniques pratiques pour rester calme et efficace dans des situations sous pression.

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5. Utiliser un service d'écoute pour les professionnels de santé

Dans les moments où l’on a besoin de parler à quelqu’un en dehors de son cercle habituel, les services d’écoute spécialisés comme Thadeo peuvent être une ressource essentielle. Confidentiel et 100% gratuit, Thadeo est géré par des soignants formés à l’écoute qui offriront un espace sûr pour exprimer des inquiétudes et obtenir des conseils sur la manière de gérer les situations difficiles ou l’épuisement professionnel.

Pour découvrir d’autres pistes concrètes, lire cet article : comment gérer ses émotions quand on est soignant.

Que dire à un patient qui souhaite mourir ? Comment communiquer de façon ajustée ?

Les conversations qui portent sur le sujet de la mort sont parmi les plus délicates dans le domaine des soins de santé. Adopter des techniques d’écoute active et savoir répondre de manière appropriée sont essentiels pour assurer que ces échanges soient à la fois respectueux et efficaces.

Écouter attentivement et valider les émotions de son patient

L’écoute active permet de recevoir les émotions complexes de son patient, qui peuvent être alimentées par la douleur, la peur, ou un sentiment de perte de valeur personnelle. Commencer par écouter attentivement sans interrompre. Cela aide le patient à se sentir moins seul et davantage compris. Valider ses émotions en répondant avec empathie, comme par exemple : « Vous dites que vous vous sentez épuisé par cette douleur constante, est-ce bien cela ? »

Utiliser des questions ouvertes pour l’encourager à explorer et à exprimer davantage ses sentiments, telles que : « Qu’est-ce qui vous rend le plus mal à l’aise en ce moment ? » ou « De quoi auriez-vous besoin pour vous sentir mieux ? » Cela montre l’engagement du soignant à prendre en compte à la fois la condition physique et émotionnel du patient.

Créer un environnement sécurisant grâce au dialogue

Lorsqu’un patient exprime un désir de mourir, maintenir une communication calme et empathique. Poser des questions permet au patient de réfléchir sur ses sentiments de manière approfondie, plutôt que de proposer immédiatement des solutions. Par exemple : « Pouvez-vous me partager ce qui vous amène à souhaiter la mort ? »

Encourager l’expression libre par des questions et n’émettre aucun jugement sur les propos de son patient. En créant un environnement sécurisant pour la conversation, il est très probable que se révèlent des besoins sous-jacents non formulés au début, tels que le besoin de gestion de la douleur ou de soutien émotionnel accru.

Garantir une présence physique et émotionnelle auprès du patient

Une présence, tant physique qu’émotionnelle, joue un rôle important dans le bien-être d’un patient qui veut en finir avec la vie.

  • Être physiquement présent : Se positionner de manière à être bien visible et à portée de main du patient, manifestant sa disponibilité. Avoir une posture ouverte et accueillante, évitant de croiser les bras ou de regarder fréquemment sa montre ou d’autres distractions.
  • Maintenir un contact visuel bienveillant : Le contact visuel peut être très réconfortant pour un patient. Il transmet de l’intérêt et de la compassion. Lorsque l’on parle avec un patient, le regarder dans les yeux de manière à montrer que l’on est engagé dans la conversation et que l’on accorde de l’importance à ses paroles.
  • Utiliser le toucher de manière appropriée : Un toucher doux, comme une main sur l’épaule ou tenir la main du patient, peut être extrêmement rassurant et peut aider à établir une connexion émotionnelle plus forte, surtout quand les mots ne suffisent pas. Le faire uniquement si l’on est à l’aise avec le toucher.
  • Modérer sa voix : Utiliser une voix douce et rassurante qui reflète compassion et calme. Le ton de la voix peut aider à apaiser l’anxiété du patient et à renforcer un sentiment de sécurité et de tranquillité.
  • Être réceptif et flexible : Réagir aux besoins non verbaux du patient en adaptant sa présence pour répondre à ses préférences. Certains patients peuvent préférer moins de conversation et plus de silence, tandis que d’autres peuvent apprécier davantage de paroles.

Renforcer la collaboration interdisciplinaire avec ses collègues

Dans ces situations difficiles, la collaboration interdisciplinaire est cruciale pour répondre de manière exhaustive aux besoins des patients. En tant que soignant, il est essentiel de favoriser et de participer activement à cette collaboration. Établir une communication régulière avec les différents membres de l’équipe soignante, incluant médecins, infirmiers, travailleurs sociaux, psychologues, et même des bénévoles ou des aumôniers. Chaque professionnel apporte des compétences et des perspectives qui, ensemble, créent un plan de soin holistique, abordant les aspects physiques, émotionnels, spirituels, et sociaux des soins.

Participer aux réunions d’équipe pour discuter des plans de soins et des besoins changeants du patient. S’assurer que les directives anticipées du patient sont comprises et respectées par tous, et s’engager dans les discussions collégiales concernant les décisions de traitement complexes.

Améliorer la qualité de vie du patient

Maintenir la qualité de vie des patients est une priorité ; elle contribue à redonner du sens et à pallier les souffrances physiques, psychologiques et spirituelles. Le soignant joue là un rôle clé dans l’intégration de thérapies complémentaires qui enrichissent les soins standards. Quand les moyens sont présents, explorer l’utilisation de l’art-thérapie, de la musicothérapie, des récits de vie ou d’autres formes de thérapies expressives pour offrir un soulagement émotionnel et spirituel. Ces thérapies peuvent aider les patients à exprimer leurs émotions de manière constructive et à trouver du réconfort dans des activités qui valorisent leur dignité et leur identité personnelle.

Encourager également la participation des proches dans le processus de soins. Leur engagement peut non seulement soutenir émotionnellement le patient, mais aussi les aider à comprendre et à gérer ses réalités. Dans la mesure du possible, veiller à ce que les proches et aidants aient eux aussi un soutien psychologique adapté. Cette inclusion renforce le réseau de soutien autour du patient, contribuant ainsi à un environnement de soin plus complet et empathique.

En résumé

Faire face à un patient qui exprime le souhait de mourir est l’une des situations les plus complexes et émotionnellement chargées que les soignants peuvent rencontrer. Cela exige non seulement une compétence clinique, mais aussi une grande empathie et de la compréhension.

La clé réside dans la capacité à écouter activement, à communiquer de manière empathique et à maintenir une présence rassurante qui respecte la dignité et les souhaits du patient. En même temps, il est vital de prendre soin de son propre bien-être émotionnel afin de pouvoir continuer à fournir des soins de qualité sans s’épuiser.

Par l’engagement et la compassion, on permet aux patients de vivre leurs maladies de la manière la plus paisible et digne possible.