Métier de pharmacienne : le regard de Rima, pharmacienne d’officine au plus près des patients

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Pourquoi choisir le métier de pharmacienne ? Quelles réalités se cachent derrière le comptoir d’une pharmacie d’officine ? Au fil de cet entretien Rima, pharmacienne depuis plus de vingt ans, nous partage ses motivations, ses responsabilités et les évolutions d’un métier de santé en pleine transformation.

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Pouvez-vous présenter votre parcours et votre poste actuel de pharmacienne ?

Rima – J’ai fait un baccalauréat scientifique, et très tôt j’ai su que je voulais exercer un métier de la santé. Ma tante était pharmacienne et cela a certainement influencé mon choix. Je voulais aussi un métier compatible avec une vie familiale équilibrée.

En 1996, après six années d’études en pharmacie à la faculté, j’ai obtenu mon diplôme. Aujourd’hui, j’exerce comme pharmacienne adjointe en province. Il faut dire que j’ai travaillé longtemps dans une grande pharmacie en ville, mais le rythme trop intense avait fini par me conduire à une perte de sens et à un dégoût du métier, une sorte de burn out.

Aujourd’hui, je suis pharmacienne d’officine en milieu rural, à mi-temps. Les journées restent intenses et le travail ne manque pas ! Mais c’est plus équilibré.

Une pharmacie d’officine est à la fois un lieu de soins, et un commerce de proximité à faire fonctionner, sous la responsabilité de la pharmacienne titulaire. Nous travaillons en équipe avec des préparatrices en pharmacie.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le métier de pharmacienne ?

Rima – Je voulais exercer un métier de santé, être en lien direct avec les patients. Le sens du contact a toujours été essentiel pour moi.

Le cursus universitaire, exigeant mais structurant, m’a aussi nourrie. Les sciences pharmaceutiques, la pharmacologie, la chimie, la compréhension des médicaments (leur posologie etc.) donnent une vraie légitimité au pharmacien d’officine.

Et puis, la possibilité de travailler à temps partiel afin d’avoir un équilibre entre vie perso et vie pro a aussi pesé dans ma décision de devenir pharmacienne.

Qu’appréciez-vous le plus dans le métier de pharmacienne aujourd’hui ?

Rima – La relation avec les patients ! C’est un métier de proximité, utile, profondément humain, avec un rôle qui s’est fortement développé autour du conseil, de la prévention et de l’accompagnement. Nous ne nous contentons pas de simplement vendre des médicaments.

Les pharmaciens d’officine sont désormais mieux reconnus comme des professionnels de santé à part entière et nos missions se sont élargies : vaccination, suivi des maladies chroniques, des pathologies cardio-vasculaires, accompagnement des addictions ou des traitements lourds.

Nous prenons aussi davantage de temps pour expliquer comment utiliser les médicaments, leurs effets secondaires etc. Nous sommes des relais du médecin dans le suivi du patient.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune pharmacien ou à une étudiante en pharmacie ?

Rima – Je dirais que l’humilité est essentielle. À la fin des études pharmaceutiques, on a beaucoup de connaissances théoriques, mais la pratique pharmaceutique s’apprend sur le terrain.
Observer, écouter, accepter les remarques, reconnaître ses erreurs : tout cela est fondamental pour exercer le métier sereinement. La connaissance de soi est tout aussi importante que la maîtrise technique. Savoir communiquer, exprimer ses besoins sans se mettre la pression, c’est fondamental pour bien exercer le métier de pharmacienne dans la durée.

Et puis il faut aussi aimer les relations humaines. Les patients ne sont pas toujours faciles au comptoir. Ils sont souvent fragilisés par la maladie, l’angoisse, parfois le deuil. Le métier de pharmacien demande de la bienveillance, du recul, et une vraie capacité d’écoute.

Comment vivez-vous la question de la clause de conscience des pharmaciens ?

Rima – Je suis très embêtée par ce sujet. Je fais partie de l’association Pharmaciens en conscience, qui défend la clause de conscience des pharmaciens. Pour moi, ce n’est pas normal que cette clause ne soit pas reconnue : tout pharmacien devrait pouvoir exercer sans être contraint d’agir contre sa conscience.

Je fais beaucoup de prévention et d’éducation thérapeutique, en prenant le temps d’expliquer l’impact de certains traitements, comme les stimulateurs hormonaux. Je délivre les médicaments prescrits, bien sûr, mais face à la perspective de produits potentiellement létaux, je ne sais pas comment je ferai pour gérer un cas de conscience.

Le métier de pharmacienne ne devrait pas pouvoir s’exercer sous la peur d’être dénoncée. Pouvoir travailler dans le respect du code de la santé publique tout en gardant sa liberté intérieure est essentiel.

Qu’est-ce qui vous inquiète pour l’avenir des pharmaciens ?

Rima – Le risque de faillite est réel. La France a perdu 10% de ses pharmacies en 10 ans. Le travail reste le même, mais avec moins de moyens humains. La charge administrative augmente, la gestion des stocks de médicaments très chers plus complexe, et les marges sur les produits pharmaceutiques sont de plus en plus faibles.

Pour tenir, les pharmacies doivent développer la parapharmacie, l’orthopédie, la micronutrition, parfois le matériel médical. Pourtant, les pharmaciens restent un rempart de proximité indispensable pour désengorger les médecins et les urgences. La fermeture de nombreuses officines est très inquiétante pour la santé publique.

Qu’est-ce qui vous aide à traverser les moments difficiles ?

Rima – L’humour, d’abord. Il permet de relativiser avec le temps. L’ambiance d’équipe est aussi essentielle : partager les repas, parler, désamorcer les tensions. La communication est une clé majeure du métier de pharmacienne.

Quand je suis à bout, je prends le temps de souffler, de dire ce qui ne va pas. Le sport m’aide beaucoup à relâcher la pression après le travail.

Quel message aimeriez-vous transmettre aux pharmaciens d’aujourd’hui et de demain ?

Rima – Les débouchés des études de pharmacie sont nombreux : officine, industrie pharmaceutique, biologie médicale, pharmacie hospitalière, laboratoires.

Être pharmacien est un métier très humain, au contact des familles, de la souffrance, parfois de la mort. Il est important de ne pas s’endurcir, de ne pas se perdre dans l’aspect commercial. L’essentiel reste d’être une oreille attentive, proche des personnes malades ou endeuillées.

C’est un métier qui fait grandir si l’on accepte de dépasser son ego. Se faire accompagner, échanger avec d’autres pharmaciens, demander de l’aide, continuer à apprendre : pour moi, être pharmacien, c’est avant tout aimer les gens.

Les 6 conseils de Rima pour préserver son équilibre dans le métier de pharmacienne

  • Se respecter et se connaître, pour poser des limites justes
  • Définir sa place et s’y tenir, sans chercher à tout assumer
  • Consentir au réel, en acceptant que tout ne soit pas parfait
  • Ne pas faire à la place des autres, ni porter ce qui ne nous appartient pas
  • Relativiser et prendre du recul, surtout dans les situations tendues
  • Apprendre à communiquer clairement, pour éviter les non-dits et l’épuisement

FAQ – Ce que vous voulez savoir sur le métier de pharmacienne

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Le métier de pharmacienne permet-il de bien vivre financièrement ?

Le métier de pharmacien permet de vivre correctement, mais les conditions varient fortement selon le statut (adjointe ou titulaire), le lieu d’exercice et la taille de la pharmacie. Les pharmaciens adjoints, notamment à temps partiel, bénéficient d’une stabilité mais sans marges de manœuvre importantes. Par ailleurs, les contraintes économiques du secteur pèsent de plus en plus sur les pharmaciens titulaires.

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Quelles sont les principales difficultés du métier de pharmacienne ?

Le métier est exigeant sur le plan mental et émotionnel. La charge administrative, la pression économique, le manque de personnel et l’intensité du contact avec des patients fragilisés peuvent conduire à l’épuisement. Le métier de pharmacienne demande du recul, une bonne connaissance de soi et une capacité à poser des limites pour durer dans le temps.
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Peut-on concilier métier de pharmacienne et vie personnelle ?

Oui, c’est possible, notamment grâce au temps partiel, mais cela suppose des choix clairs. Le métier de pharmacienne offre une certaine flexibilité, à condition d’accepter de ne pas tout porter seul et de travailler dans une équipe où la communication est fluide. Tout repose sur l’organisation et la qualité du collectif.
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Le métier de pharmacienne est-il fait pour tout le monde ?

Non. Le métier de pharmacienne demande à la fois des compétences scientifiques solides, un sens du contact développé et une capacité à gérer la pression. Il convient particulièrement aux personnes qui aiment le lien humain, la responsabilité médicale et le travail d’équipe, tout en acceptant les contraintes économiques et organisationnelles du secteur.

Si vous exercez un métier de soin et que vous vivez une période difficile, des ressources existent.
Il est possible de parler, d’être accompagné, et de prendre soin de soi sans attendre l’épuisement.