Mon métier d’aide-soignante aujourd’hui

Sandrine, aide soignante
Sandrine C. nous ouvre la porte sur les réalités, les défis et les satisfactions du métier d’aide-soignante qu’elle exerce avec passion. De l’agent de service hospitalier à l’aide-soignante en soins intensifs, Sandrine partage son expérience, offrant une perspective éclairante sur ce que signifie vraiment prendre soin des autres avec amour et détermination.

Beaucoup de jeunes se demandent comment devenir aide-soignante. Personnellement, quel a été votre parcours ?

Sandrine C. – J’ai commencé en 1990 comme agent de service hospitalier. Cinq ans plus tard, j’ai décidé de faire l’école d’Aide-Soignante. Une fois diplômée, j’ai intégré un service de réanimation chirurgical dans un hôpital, puis en réanimation médicale. Après une pose de sept années pour élever mes enfants, j’ai décidé de travailler de nuit en hémodialyse. Et aujourd’hui, je suis aide-soignante en neuro-traumatologie et soins intensifs à 80%, toujours de nuit, apportant un soutien psychologique et soins d’hygiène essentiels.

Pourquoi aide-soignante et pas infirmière ?

Je me suis aussi posé la question de devenir infirmière. A un certain moment, dans mon parcours, j’ai eu envie de faire l’école d’infirmière mais cela aurait été beaucoup de travail personnel et des sacrifices trop importants au niveau familial. J’ai donc décidé de continuer de rester aide-soignante et de travailler dans des services de soins intensifs ou de réanimation où je suis très épanouie. Dans ce genre de service, l’aide-soignante est très polyvalente, elle répond aux différentes demandes des médecins et des infirmières, contribuant à la continuité des soins.

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Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce métier ? Pourquoi aide-soignante ?

Au départ, j’avais comme désir de me mettre au service de la personne vulnérable, ou qui traverse une période de vulnérabilité. Et le métier d’aide-soignante va vraiment dans ce sens de l’aide à la personne, quel que soit le service. Travailler dans ce domaine permet d’apporter une contribution significative à la qualité de vie des personnes soignées, en assurant des soins de base, comme l’hygiène générale, et en offrant une forme de soutien moral également.

Qu’est-ce que vous appréciez particulièrement dans votre métier aujourd’hui ?

Dans mon métier d’aide-soignante, j’aime intégrer l’humour pendant les soins quand les patients sont réceptifs. Cela leur permet d’oublier momentanément leurs douleurs et la raison de leur hospitalisation. Un peu de légèreté leur fait du bien !

Pour les patients souffrants où l’humour n’est pas approprié, je recours plutôt à la communication non verbale et à une technique de massage par toucher prolongé des mains et des pieds. Cette approche, particulièrement dans un environnement calme et avec une lumière douce, peut favoriser le sommeil sans recourir à des traitements antidouleur, et offre un soulagement sans médicaments. Malgré les défis et les moments difficiles, le bien-être et le soulagement des douleurs des patients sont ce que je préfère le plus dans mon métier.

Quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune aide-soignant(e) ?

Je conseille toujours aux aides-soignantes et infirmiers de prodiguer leurs soins avec amour, en traitant les patients comme s’ils étaient des membres de leur propre famille. Même face à des patients difficiles, se rappeler de cette approche personnelle peut transformer le soin en une expérience empreinte de bienveillance et de délicatesse.

Une anecdote personnelle illustre bien ce principe : un jour, alors que mon mari devait subir plusieurs examens médicaux dans des services éloignés l’un de l’autre, une aide-soignante a pris l’initiative de lui préparer une boîte avec de quoi déjeuner entre ses rendez-vous, sans qu’il ne le demande. Mon mari m’a confié à quel point ce geste avait été précieux pour lui, soulignant qu’il s’agissait là d’un « soignant +« , une personne qui va au-delà des attentes. Inspirée par cette histoire, j’aspire à être ce type de soignant +, qui offre plus que de simples soins, enrichissant ainsi l’expérience des patients avec des actes empreints d’une profonde humanité.

Qu’est ce qui est le plus difficile dans votre travail d’aide-soignante ?

La neurotraumatologie est un domaine exigeant, marqué par des confrontations fréquentes avec la mort et les limites de la médecine. Être avec des jeunes patients devenus tétraplégiques, en état neurovégétatif, ou lourdement impactés par un traumatisme crânien, nous met face aux défis ultimes de la réhabilitation médicale. Pourtant, le plus dur réside dans la souffrance des familles. Leur désespoir et leur espoir qu’on puisse « sauver » leur proche me touchent profondément. Partager des moments de larmes avec elles souligne notre humanité commune et notre empathie.

En tant qu’aide-soignante, être au chevet des patients, partager intensément leur quotidien, me confronte à mes propres limites, surtout lorsque je me sens impuissante notamment face à un patient dans le coma, insensible, ou moralement absent. Cela représente une épreuve personnelle, me rappelant de rester humble devant le mystère de la vie, en acceptant ses joies et ses peines avec confiance.

Qu’est-ce qui vous aide à traverser les moments difficiles de votre métier ?

Le métier d’aide-soignant est exigeant. Il arrive que l’on se sente dépassé par nos aspirations à apporter le meilleur soin possible. Dans mon service, il y a des temps pour échanger entre collègues, y compris des temps en équipe où chacun peut parler. Pour ma part, quand je suis confrontée à une situation pesante, j’en parle un peu à la maison comme on raconte ce qui est difficile à son travail, je prie aussi pour les patients et cela me fait du bien. Mais cela ne m’empêche pas de vivre et ni de dormir ! Si un jour c’était le cas je crois que j’aurai besoin de me confier, de demander de l’aider ou alors je devrais changer de service. Il est vrai qu’au fil des années, on apprend à gérer ses émotions quand on est soignant.

De votre point de vue, quels sont les principaux défis que doivent relever les aides-soignants ? Et quel est l’avenir de la profession ?

Du point de vue des aides-soignants, les principaux défis à relever sont la réduction du temps disponible pour chaque patient et une pénurie croissante de personnel soignant, malgré les normes qui exigent un effectif suffisant dans nos services. La situation est particulièrement tendue dans certains services où la suppression de postes conduit à des situations où une infirmière doit gérer seule les soins de 25 patients la nuit ! Bien que la qualité de la prise en charge médicale à l’hôpital reste élevée, avec une bonne qualité des soins, le secteur paramédical subit une pression accrue due à l’augmentation de la charge de travail. Cette pression rend de plus en plus difficile la possibilité d’offrir des soins de qualité dans de bonnes conditions, surtout pour ceux qui travaillent de jour.

Quant à l’avenir de la profession, il me semble que la première chose est de garantir des conditions de travail soutenables pour les aides-soignants. Cela implique une réévaluation des ressources humaines allouées aux soins et un investissement dans la formation et le soutien au personnel soignant pour renforcer la qualité des soins et la résilience de la profession face aux défis à venir.

Quel message aimeriez-vous donner aux soignants ?

La profession de soignant est animée par la passion. Ainsi, il est important de se rappeler que nous pourrions un jour nous retrouver à la place de ces patients, souhaitant recevoir des soins de qualité… alors prodiguons des soins avec amour ! Aspirons à être des soignants d’exception ! Des soignants + !

Quant à l’avenir de la profession, il me semble que la première chose est de garantir des conditions de travailsoutenables pour les aides-soignants. Cela implique une réévaluation des ressources humaines allouées aux soins et un investissement dans la formation et le soutien au personnel soignant pour renforcer la qualité des soins et la résilience de la profession face aux défis à venir.