
Depuis plus de dix ans, Clémence accompagne les bébés prématurés et leurs parents en néonatologie. Infirmière puéricultrice, elle raconte ici ce qui l’a attirée dans ce métier, ce qu’elle y a vécu de plus fort, mais aussi les difficultés qui l’ont conduite à quitter l’hôpital.
Un témoignage sincère sur le soin, l’engagement et la nécessité, pour les soignants, de prendre soin d’eux.
Pouvez-vous retracer votre parcours d’infirmière puéricultrice ?
J’ai obtenu mon diplôme d’État d’infirmière en 2010. En 2011, j’ai suivi la formation pour devenir infirmière puéricultrice.
J’ai commencé par effectuer des remplacements dans un service de néonatologie et pédiatrie à Saint-Malo. J’y suis restée pendant quatre ans, jusqu’en 2016. J’ai ensuite rejoint une clinique qui ouvrait un service de néonatologie de niveau 2A*.
En 2021, mes choix personnels concernant la vaccination contre la Covid-19 ont entraîné une suspension temporaire de mon activité professionnelle pendant deux ans.
*Les maternités sont classées en trois niveaux en fonction des soins apportés aux nouveau-nés. Une maternité de niveau 1 accueille les grossesses sans complication. Une maternité de niveau 2 possède un service de néonatologie pour les bébés qui ont besoin d’une surveillance ou de soins spécifiques. En niveau 2A, les soins intensifs ne sont pas assurés sur place ; en niveau 2B, ils le sont. Enfin, une maternité de niveau 3 prend en charge les plus fragiles, notamment les grands prématurés, grâce à un service de réanimation néonatale.
Comment avez-vous géré cette période ?
Pendant la Covid-19, j’ai créé une entreprise consacrée à l’accompagnement de la parentalité. J’y propose des ateliers pour les parents : des massages pour bébés, des bains thérapeutiques et des ateliers de secourisme.
J’organise également des ateliers pour apprendre aux parents à communiquer avec leur bébé par le langage des signes, ainsi que des séances de réflexologie plantaire.
En 2023, j’ai été réintégré dans mon ancien service à mi-temps. Il était cependant difficile de gérer en parallèle, et mon travail à l’hôpital et mon entreprise.
J’ai eu le sentiment d’être mise de côté, mon retour n’était pas bien accepté. Je ne me sentais plus en accord avec mes valeurs, ni avec certaines manières de travailler que je trouvais parfois trop minimalistes, voire parfois maltraitantes. J’ai tenu pendant deux ans, puis j’ai démissionné en novembre 2025. Actuellement je continue à développer mon entreprise tout en faisant ponctuellement des remplacements.
Pourquoi avez-vous choisi le métier d’infirmière puéricultrice ?
Depuis toute petite, j’avais envie de travailler avec des enfants. D’ailleurs, pendant tout le collège, je voulais devenir pédiatre.
Puis, lors d’un forum des métiers, j’ai découvert une école d’infirmières. Je me suis rendue compte qu’en devenant infirmière puéricultrice, je pourrais être plus proche des enfants grâce aux soins et à l’accompagnement. Cette proximité me correspondait davantage que le métier de pédiatre.
Qu’appréciez-vous le plus dans votre métier ?
Ce qui me plaît, c’est d’abord le soin apporté aux tout-petits. J’aime beaucoup la communication non verbale avec les bébés prématurés. C’est plus riche qu’on peut l’imaginer.
J’aime aussi l’accompagnement des parents. La naissance de leur enfant est un évènement bousculant et quand l’hospitalisation de leur bébé est nécessaire, cela peut rendre cette période encore plus difficile.
Il est important d’être attentif à leur demande et de les aider à avoir confiance en eux et en leurs intuitions. Les parents connaissent leur enfant mieux que personne. Il faut donc prendre en compte ce qu’ils ressentent et ce qu’ils disent.
Quel est le souvenir de vos études d’infirmière puéricultrice qui vous a le plus marqué ?
Cela remonte à mon stage préprofessionnel. Un bébé devait naître avec une malformation cardiaque diagnostiquée pendant la grossesse. Il devait être accueilli dans notre service pour recevoir des soins palliatifs quand son état s’aggraverait après sa naissance.
Ses parents souhaitaient que le décès de leur enfant se passe à l’hôpital et non à la maison en raison de la fratrie. J’ai été très marquée par la douceur avec laquelle ils ont été accueillis dans le service. L’équipe avait tout prévu pour qu’ils puissent vivre au mieux la fin de vie de leur bébé.
Cette expérience m’a montré que des moments extrêmement douloureux et intenses pouvaient être vécus paradoxalement avec beaucoup de douceur, lorsque l’équipe est bien préparée et disponible pour accompagner les parents éprouvés.
Je n’oublierai jamais la sérénité de l’équipe face au décès de ce petit. Cela m’a beaucoup touché et appris.
Quels conseils donneriez-vous à une jeune infirmière puéricultrice ?
Je lui conseillerais d’abord de ne pas avoir peur de ses émotions. Une situation peut nous toucher. Nous ne sommes pas des machines mais des humains.
Il est bon cependant d’apprendre à ne pas se laisser trop submerger pour pouvoir durer dans notre métier. Il y a un subtil équilibre à tenir et qui nécessite parfois de savoir se protéger ou se mettre à distance quand on se sent trop impacté par certaines situations.
Je lui conseillerais également de rester attentive à tout ce qui évolue dans les soins et dans l’accompagnement. La médecine change constamment. Il est donc important de continuer à se former. Savoir se remettre en question est une qualité précieuse dans ce métier.
Enfin, prendre le temps d’écouter les parents, de les rassurer et de prendre bien en compte leurs remarques est fondamental. Cette écoute bienveillante fait pleinement partie du rôle de l’infirmière puéricultrice.
Comment percevez-vous l’état actuel des équipes soignantes ?
Les équipes soignantes sont sous pression. Les directions leur demandent toujours de faire plus avec moins de moyens. La baisse de la natalité m’inquiète également, car je crains qu’elle ne conduise à des suppressions de postes et qu’elle fragilise la qualité des soins et la sécurité de l’emploi dans certains services.
Je trouve aussi qu’il existe parfois un manque d’implication dans les équipes. Le métier exercé par passion semble moins présent chez certains jeunes professionnels.
Il peut y avoir plusieurs raisons à cela. Certaines personnes prennent de la distance pour se protéger et ne pas être trop touchées par les situations complexes. D’autres ont moins envie de s’investir. D’autres encore sont simplement épuisées parce qu’elles ont déjà trop donné.
D’une façon générale, il existe une souffrance importante au travail, qui peut prendre plusieurs formes. On peut afficher un sourire devant les patients alors qu’un mal-être existe. Le sourire extérieur ne reflète pas toujours ce que l’on vit à l’intérieur.
Comment un soignant peut-il préserver son bien-être au travail ?
Il n’est pas bon de rester seul. Il est important d’avoir des personnes avec qui parler et échanger, notamment des collègues avec lesquels on se sent en confiance.Il est sage de savoir laisser l’hôpital derrière soi lorsque l’on rentre à la maison et de préserver un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Le métier de soignant peut être une vocation, mais il ne faut pas y laisser sa vie. Il y a un équilibre vie perso et vie pro à trouver.
Lorsqu’on commence à avoir une boule au ventre avant d’aller travailler, il est bon d’en parler ou de savoir se faire accompagner. Demander un arrêt de travail peut être nécessaire même si on a tendance à se dire « je ne peux pas m’arrêter, je suis là pour soigner les autres ».
Il est dangereux de présumer de ses forces et d’attendre d’être complètement épuisé pour s’arrêter.
Qu’est-ce qui vous inquiète pour les soignants de demain ?
Ce qui m’inquiète, c’est la pression qui pèse sur les équipes, le manque de personnel, la diminution du nombre de naissances et la baisse de motivation que l’on peut parfois observer chez les étudiants.
Qu’est-ce qui vous aide à traverser les moments difficiles dans votre métier de soignant ?
Le fait d’être accompagnée m’a beaucoup aidée. Cela m’a permis de prendre conscience de ce qui se jouait en moi dans mon métier. Le soutien de certaines collègues a également été très important.
Le métier de soignant est intense. Il est donc essentiel d’avoir une vie à côté. Je fais de la danse et de la musique. Cela m’aide beaucoup à relâcher le trop-plein.
L’amitié est aussi fondamentale pour moi.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux futurs infirmières puéricultrices ?
C’est un métier profondément humain. Il ne faut pas hésiter à y mettre son cœur, car les patients nous le rendent souvent très bien.
Mais c’est aussi un métier exigeant et difficile, qui demande beaucoup. Il est nécessaire de savoir se protéger. Il est essentiel de conserver sa capacité à s’émerveiller devant les bébés, mais aussi devant des choses toutes simples, comme un regard ou un sourire.
Le soignant peut oser donner et se donner, tout en sachant déléguer et laisser la main.
Le métier ne s’arrête jamais. Les services fonctionnent 365 jours par an et il restera toujours quelque chose à faire. Il est donc indispensable de savoir poser des limites et de penser aussi à soi.
Devenir infirmière puéricultrice : études, salaire et débouchés
Comment devenir infirmière puéricultrice ?
Pour devenir infirmière puéricultrice, il faut être titulaire du diplôme d’État d’infirmier ou du diplôme d’État de sage-femme, puis réussir la sélection organisée par une école de puériculture agréée.
Les modalités d’admission varient selon les établissements : étude du dossier, épreuve écrite et entretien oral.
La formation préparant au diplôme d’État de puéricultrice se déroule à temps plein sur 12 mois et comprend 1 500 heures de formation (théorique, pratique, clinique, travaux dirigés et évaluation).
Pour une infirmière, ce parcours représente 4 années d’études après le baccalauréat.
Où peut exercer une infirmière puéricultrice ?
Dans la fonction publique hospitalière, le traitement débute à environ 2 102 € brut par mois. Après plusieurs années d’exercice et un passage au grade supérieur, il peut atteindre 3 786 € brut par mois en fin de carrière.
Ces montants correspondent au traitement indiciaire de base. Des primes et indemnités peuvent s’y ajouter : horaires, contraintes du poste, travail de nuit, dimanches, jours fériés.
Dans le secteur privé, la rémunération dépend de la convention collective appliquée, de l’expérience professionnelle et des responsabilités exercées.
Comment devenir infirmière puéricultrice ?
Á l’hôpital, notamment en maternité, en pédiatrie ou en néonatologie. Elle peut aussi exercer en PMI, en crèche ou dans une autre structure d’accueil de la petite enfance et de l’aide sociale à l’enfance.
Quelles évolutions possibles ?
Avec de l’expérience, une infirmière puéricultrice peut devenir directrice de crèche, coordinatrice petite enfance ou cadre de santé. Ou encore s’orienter vers la formation des futurs professionnels ou la gestion d’un service.
Pour aller plus loin :
- Informations sur l’orientation, L’ONISEP
Présentation du métier : missions, lieux d’exercice, qualités requises, études, salaire etc.
- Fiche métier Puériculteur / Puéricultrice - France Travail
La fiche détaille les activités professionnelles, les compétences attendues, les conditions d’exercice et les différents environnements de travail.
- Diplôme d’État de puéricultrice, RNCP 38529 - France Compétences
Référence officielle pour vérifier le niveau du diplôme, les compétences certifiées, les conditions d’obtention et les secteurs d’activité accessibles.

